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Cité Stalingrad : deux ensembles, deux formes urbaines, de Malakoff à la Seine-Saint-Denis

Élise Carpentier-Lafaille 7 min de lecture
Cité Stalingrad : barres R+15 à Malakoff-Sud, deux ensembles urbains

La Cité Stalingrad désigne deux ensembles de logements collectifs distincts : l’un à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, aussi appelé Malakoff-Sud ; l’autre en Seine-Saint-Denis, dans le cadre de l’opération Bonnevide-Stalingrad. Ils partagent un nom et s’inscrivent dans l’histoire du logement d’après-guerre, mais diffèrent par leur échelle, leurs architectes et leur organisation urbaine. Les distinguer permet de mieux comprendre deux projets représentatifs du patrimoine du logement collectif du XXe siècle.

Deux Cités Stalingrad, deux repères architecturaux

Une recherche sur la Cité Stalingrad peut conduire à des informations qui semblent contradictoires : quatre tours ou deux immeubles, près de 600 logements ou moins de 200, Malakoff ou Seine-Saint-Denis. Cette confusion vient de l’existence de deux opérations homonymes. Elles ne correspondent ni au même programme ni au même quartier.

Ensemble Localisation Conception Caractéristiques principales
Malakoff-Sud, dite Cité Stalingrad Malakoff, Hauts-de-Seine Denis Honegger, aménagement engagé en 1957 Quatre barres à R+15/R+16, reliées par un socle commun
Opération Bonnevide-Stalingrad Seine-Saint-Denis André Lurçat, Michel Béguin et Jean-Pierre Béguin Deux immeubles en L à R+8 autour d’un jardin public

La première est un grand ensemble de grande hauteur, reconnaissable à sa silhouette verticale. La seconde repose sur une composition plus basse, organisée à l’échelle de l’îlot. Dans les deux cas, il s’agit de logements HLM conçus avec une ambition urbaine : loger les habitants, structurer les espaces communs et intégrer des équipements ou des lieux de vie collective.

Malakoff-Sud : quatre barres pour composer un quartier

La Cité Stalingrad de Malakoff correspond à Malakoff-Sud, un ensemble livré en 1965. Denis Honegger est chargé de son aménagement dès 1957, dans le cadre du projet Gamma 57, qui mentionne trois opérations. L’ensemble compte 581 logements selon le CAUE Île-de-France et environ 592 selon Atlas92. Cet écart peut s’expliquer par des périmètres ou des modes de décompte différents. Il est donc plus prudent de retenir une capacité d’environ 600 logements plutôt qu’un chiffre unique.

Une silhouette verticale et rationnelle

Le site est formé de quatre barres de grande hauteur, données pour R+15/R+16 et disposées parallèlement. Elles sont reliées par un socle commun qui donne une cohérence à l’ensemble. Cette organisation répond à la recherche de densité, mais elle construit aussi une composition lisible : les volumes bâtis, les cheminements et les espaces ouverts s’inscrivent dans un même plan-masse.

L’écriture architecturale est décrite comme verticale et proche du rationalisme classique associé à Auguste Perret. Le béton préfabriqué participe à cette expression. La trame constructive, la répétition des éléments et l’ordonnancement des façades permettent de produire un nombre important de logements tout en donnant une identité claire aux bâtiments.

Des espaces collectifs au pied des logements

Malakoff-Sud ne se résume pas à ses barres. L’opération comprend une place publique, un espace vert et des équipements intégrés à l’organisation du quartier. Les bâtiments ne sont donc pas implantés sur une parcelle indépendante de ses usages : ils encadrent des circulations, des seuils et des lieux de rencontre.

Dans un grand ensemble, une modification apparemment limitée peut changer les usages. Fermer un passage modifie les parcours piétons, déplacer le stationnement peut rendre un jardin plus ou moins accessible, et rénover un hall transforme la perception de l’entrée dans l’immeuble. Lire Malakoff-Sud à travers ses pieds de bâtiments, ses liaisons et ses transitions entre espaces privés et publics est donc aussi instructif que d’observer ses façades. Ces éléments permettent de comprendre la qualité d’usage recherchée par le projet.

L’opération Bonnevide-Stalingrad en Seine-Saint-Denis

L’ensemble homonyme situé en Seine-Saint-Denis relève d’une autre histoire constructive. Il comprend 198 logements répartis dans deux immeubles en L à R+8. Le projet débute en novembre 1965, le permis de construire est délivré le 24 juin 1968 et la construction est réalisée en une année.

Un programme précis de 198 logements

La répartition des logements répond à des ménages de tailles différentes : 72 appartements de 2 pièces, 90 logements de 3 pièces et 36 logements de 4 pièces. Les deux portions du terrain devaient accueillir environ 200 logements chacune. Le plan-masse commun d’André Lurçat, Michel Béguin et Jean-Pierre Béguin associe ainsi plusieurs opérations tout en conservant des espaces ouverts.

Les immeubles adoptent une forme en L, qui permet de dessiner un îlot semi-ouvert. Leur implantation organise un cœur d’îlot aménagé en jardin public et en aires de jeux. Les parkings sont rejetés en périphérie, derrière les immeubles côté nord. Le centre de l’îlot reste ainsi consacré aux piétons, aux plantations et aux usages de proximité.

Loggias, angles et façades de faible épaisseur

Les façades, d’une faible épaisseur de 16 mètres, traduisent les contraintes du programme. Il fallait intégrer les logements demandés tout en traitant les angles des bâtiments en L. Les groupes de huit loggias, disposés en deux rangées de quatre et encadrés de béton, donnent du relief aux élévations. Les blocs d’entrée se distinguent de l’élévation générale par leur traitement et leur couleur.

Ces choix empêchent de réduire le logement social à une simple répétition de fenêtres. Une loggia apporte une profondeur habitable, un encadrement de béton marque une travée et une entrée différenciée facilite le repérage. L’architecture contribue ainsi à l’orientation des habitants, en plus de répondre aux contraintes de construction.

Pourquoi ces ensembles comptent dans le patrimoine du XXe siècle

Ces deux Cités Stalingrad racontent une période de forte production de logements. Elles apportent des réponses différentes à une même nécessité : construire rapidement, accueillir de nombreux habitants et organiser des espaces collectifs. À Malakoff, la solution repose sur la grande hauteur et un socle unificateur. En Seine-Saint-Denis, elle s’appuie sur des immeubles en L et un jardin intérieur.

  • Le plan-masse montre comment les bâtiments organisent les rues, les jardins, les accès et le stationnement.
  • La trame constructive rend visible la logique de préfabrication et la répétition des éléments.
  • Les espaces intermédiaires, comme les loggias, les halls, les pieds d’immeuble et les cheminements, relient le logement à la ville.
  • Les équipements et espaces verts rappellent qu’un ensemble résidentiel est aussi un lieu de pratiques quotidiennes.

Le patrimoine du logement collectif ne se conserve pas comme un décor immobile. Il soulève des questions de maintenance, de confort, de rénovation et de conditions de vie. Préserver une façade ou une composition urbaine suppose de répondre aux besoins actuels des habitants tout en respectant les caractéristiques qui donnent sa singularité au projet.

Se repérer et préparer une découverte du site

Pour identifier le bon lieu, commencez par vérifier la commune recherchée. À Malakoff, les termes Malakoff-Sud et Cité Stalingrad désignent le même grand ensemble. Si la recherche mentionne l’opération Bonnevide-Stalingrad, les immeubles en L, les 198 logements ou le jardin central, elle concerne l’ensemble situé en Seine-Saint-Denis.

Ces lieux sont d’abord des quartiers habités. Une découverte respectueuse peut se faire depuis l’espace public, en observant les volumes, les entrées, les relations entre le bâti et le végétal ainsi que les circulations. Des visites, parfois accompagnées de débats sur la rénovation et la conservation du patrimoine, ont également été organisées autour de Malakoff-Sud. Lorsqu’une visite d’appartement est proposée, elle reste soumise aux conditions annoncées par les organisateurs.

Pour approfondir l’analyse, l’Atlas numérique du logement collectif dans les Hauts-de-Seine, les ressources du CAUE Île-de-France et la notice patrimoniale consacrée à l’ensemble de logements HLM de Seine-Saint-Denis permettent de croiser les approches architecturales, urbaines et patrimoniales.

Élise Carpentier-Lafaille

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